19 mars 2008
Il y a 220 ans, La Boussole et l'Astrolabe, avec 200 marins bretons à bord, faisaient naufrage au large des Îles Salomon. Une nouvelle expédition va mettre le cap sur Vanikoro le 28 avril. Avec 43 jours, pour résoudre le mystère Lapérouse.
« A-t-on des nouvelles de Monsieur de Lapérouse ? », aurait demandé Louis XVI juste avant de monter à l'échafaud... Depuis plus de deux siècles, petit à petit, le voile se lève même si on parle toujours du « mystère Lapérouse ».
En 1788, la Boussole et l'Astrolabe, les deux frégates menées par Lapérouse font naufrage à Vanikoro, dans le sud des Iles Salomon. Flash-back. Août 1785. Sur ordre de Louis XVI, les deux fiers bâtiments quittent Brest pour une grande expédition autour du monde, la plus grande expédition de ce type jamais organisée dit-on. Ils s'appellent Le Corre, Riou, Le Guyader, Coquil, Paugam, Le Bot, Marzin, Le Bihan ou Pochic : à bord des deux bateaux, plus de 200 marins bretons. À leurs côtés, savants et scientifiques. Jean François de Galaup, comte de Lapérouse, dans le sillage du célèbre capitaine Cook, met le cap sur l'Ile de Pâques, l'Alaska, les Iles du Pacifique, l'Australie. Après trois ans de mer et dans des conditions d'enfer, la Boussole et l'Astrolabe disparaissent. Que sont devenus les marins et les savants ? C'est tout le mystère Lapérouse...
Des rescapés
C'était il y a 220 ans. L'enquête pouvait démarrer. Tout se passe sur et près de l'île de Vanikoro. Le mystère continue : des marins auraient survécu. Certains auraient essayé de rejoindre des lieux plus cléments. Deux rescapés seraient restés sur l'île...
Il y aura d'autres expéditions et des « ratés ». En 1791, quatre ans après le naufrage, d'Entrecasteaux est à deux pas de Vanikoro... mais fait machine arrière. Désespérés, des survivants l'auront peut-être vu rebrousser chemin. L'expédition de Dumont-d'Urville, en 1828, permettra de découvrir des vestiges des navires.
Il faudra surtout attendre les années 1980 : des hommes de passion vont monter l'association Salomon. Ils dépouillent les archives, fouillent, enquêtent, plongent. Depuis plus de 25 ans, ce sont des milliers d'objets qui ont été découverts (*). L'énigme se déplace à terre avec les archéologues qui vont découvrir les traces d'un camp, celles de survivants. 2003 est l'année de la découverte, celle de « l'inconnu de Vanikoro », un squelette quasi complet que les plongeurs remontent à la surface. Qui est-il ? Une énigme de plus.
Nouvelle expédition
2005. L'enquête avance : les épaves sont formellement identifiées. Le mystère s'arrête là. Météo, budget : l'expédition prend fin, à deux pas de la porte de la chambre du capitaine.
Enfin, tout devait s'arrêter. C'était, en effet, sans compter sur l'énergie d'Alain Conan, président de l'association Salomon, et de l'amiral Jean-Louis Battet. Car c'est reparti pour l'aventure avec l'Opération Lapérouse 2008, coordonnée par l'amiral Battet, avec le soutien de la Marine nationale. Cap, donc, à nouveau sur Vanikoro. L'île n'a pas livré tous ses secrets. Ils seront plus de 120 - marins, archéologues, plongeurs - à repartir, le 28 avril prochain, sur zone, avec la Glorieuse et le Jacques-Cartier, afin de tenter - pour la dernière fois sans doute - d'éclaircir le mystère Lapérouse.
Le rêve de l'amiral
La surprise viendra-t-elle de la mer ? Ou de la terre ? Au programme : de nombreuses plongées et des fouilles sur l'île, avec un nouveau radar de sol. Pourquoi un tel acharnement ? « Pour nos marins déjà. Nous avons un devoir de mémoire. Il y a 220 ans, ils étaient plus de 200 marins morts à Vanikoro, des Bretons du Nord-Finistère, de Brest et de Morlaix », explique l'amiral Battet. Il estime que Lapérouse « incarne toutes les valeurs du siècle des Lumières, la diffusion des connaissances, l'esprit d'aventure ».
Jean-Louis Battet passe aux aveux : le rêve ? Bien sûr, ce serait de trouver le testament de Lapérouse. On aurait alors les clefs du mystère...
* À découvrir au musée de la Marine, à Paris. Un très beau voyage au coeur du « mystère Lapérouse ». Du 19 mars au 20 octobre 2008.