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Gendarmerie. Le crime sur écoute

6 août 2008

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Les menaces d'un ravisseur, les tirs d'une fusillade, les hurlements d'une victime... La plupart des bandes-son des enquêtes de gendarmerie sont confiées aux « oreilles d'or » de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie, à Rosny-sous-Bois. C'est un souffle rauque, une voix traînante. Insupportable. « Vous allez prendre ce train. Vous allez louer une voiture. Vous n'appelez pas la police, sinon votre fils sera mort. Votre fils sera mort... » Les menaces étaient réelles. L'enfant est mort. Et les bandes-son des appels du ravisseur sont arrivées sur les bureaux du département Signal Image Parole (SIP) de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie (IRCG), à Rosny-sous-Bois.

Nez pincé pour déformer la voix

Transcription des échanges, analyses de la voix et des bruits. La bande a été disséquée. Verdict ? « Je ne peux rien dire. L'affaire est toujours en cours », s'excuse le commandant Patrick Perrot, patron du SIP, Brestois et ingénieur en télécommunication de formation. Bien sûr, la voix a été déguisée. « On sait qu'elle a été forcée et rendue plus grave ». Les experts du SIP sont capables de dire quels artifices sont utilisés pour maquiller une voix - chiffon placé devant la bouche, nez pincé... -, mais il leur est encore impossible de restituer la voix d'origine. En revanche, ils peuvent confronter la voix déguisée avec celle d'un suspect, et dire si les deux peuvent concorder.

Pas la fiabilité de l'ADN

Avec la voix, les experts doivent faire face à une foule de paramètres. À une mécanique diablement complexe. Une voix, c'est d'abord un souffle d'air qui part des poumons qui, au passage de la gorge, vient faire vibrer les cordes vocales. Le souffle devient fréquence. Puis voix quand elle vient résonner dans les cavités buccales et nasales. Celle-ci n'acquiert son identité propre qu'après avoir envahi le palais, frappé la luette, caressé la langue, effleuré les dents et les lèvres... « Chaque personne a une voix unique, mais nous ne sommes pas encore capables d'en isoler les caractéristiques de manière fiable, comme pour les empreintes digitales ou ADN », admet le commandant Perrot.

Basque ? Corse ?

Pour tenter d'identifier quelqu'un à partir d'une voix, les experts ne se contentent pas de ces informations acoustiques. « Nous prêtons aussi attention au débit de parole, aux temps de pause, aux hésitations, aux tics verbaux, aux accents, au vocabulaire », détaille Patrick Perrot. Autant d'éléments qui permettent d'apprécier des éléments plus subjectifs. Etudier une revendication terroriste, par exemple. L'individu est-il vraiment Basque, Corse ? Très utile, aussi, pour essayer de mesurer et de caractériser les émotions, notamment pour les appels d'urgence. La victime est-elle sincère, réellement en détresse ? « C'est en projet », précise le commandant Perrot, qui rapporte un cas qui leur a été soumis. L'appel d'un homme coincé sous un portail. « Il étouffait et gémissait. On pouvait effectivement croire qu'il s'agissait d'une personne ivre ou d'une plaisanterie ». Les secours n'étaient pas intervenus. L'homme est décédé.

Les cris des enfants l'agonie des victimes

Récemment, l'expertise du SIP a permis d'écarter des personnes suspectées de menaces téléphoniques sur des gendarmes, de valider l'implication d'un individu dans un trafic de stupéfiants, de confirmer qu'un forcené avait bien ouvert le feu en premier sur des gendarmes du GIGN, de démontrer que les enregistrements fournis par une nounou pour accuser son employeuse de mauvais traitements étaient falsifiés ... Le contenu des bandes-son est parfois insoutenable. Difficile d'entendre des cris d'enfants, l'agonie de victimes qui implorent de l'aide. « C'est beaucoup plus éprouvant que de regarder des photos de scènes de crime, admet le responsable du SIP. Avec le son, on revit le crime. On y assiste en direct ».

Les 30 dernières secondes d'Elodie Kulik

À l'avenir, l'équipe du SIP espère parvenir à « faire parler » la voix. Une intonation, un mot-clé pourront trahir des tendances schizophrènes, paranoïaques, etc. Parfois, les sons ne suffisent pas à faire avancer une enquête. Comme ceux transmis par le téléphone portable d'Elodie Kulik, 24 ans, assassinée en janvier 2002, alors qu'elle rentrait de son travail, sur une petite route de la Somme. L'enregistrement dure trente interminables secondes. Le véhicule de la jeune femme vient d'être percuté par une autre voiture. Elodie Kulik hoquette, incapable de reprendre son souffle, paralysée par les pleurs. Des cris perçants, comme ceux d'une enfant en proie à une peur panique. Derrière, on distingue des voix d'homme. Ceux qui vont la violer, l'étrangler puis brûler son corps dans un champ voisin. Les experts du SIP ont décelé trois voix différentes. Pas de nom, pas d'indication particulière. Mais, cette fois-ci, c'est une autre preuve qui devrait s'avérer déterminante. Les trois individus ont laissé des traces d'ADN sur la scène de crime.

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