23 juillet 2008
C'est en bon petit soldat de Nicolas Sarkozy que François Fillon présentera demain la nouvelle carte militaire.
Retour sur la conception
d'un projet soi-disant
défini dans la « concertation » et « la logique opérationnelle ».
Que de flou autour de la présentation de la carte militaire ! Des reports d'annonces à répétition. Oubliées les dates du 19 juin, du 3, puis du 8 juillet... Mais on n'attendra pas septembre non plus, comme l'avaient demandé les socialistes dans une missive du 15 juillet.
Hervé Morin ne veut pas céder : ce sera « fin juillet ». Pour que les militaires aient le temps d'inscrire leurs enfants à l'école, explique-t-il. Oubliant que les mesures ne prendront effet qu'à partir de... 2009.
« OK... Mais pas chez moi »
Il est vrai que le dossier lui a échappé. C'est à l'Elysée que tout est en train d'être arbitré. Sarkozy a bien dit mardi dernier devant les députés UMP, qu'il ne céderait pas sur la réorganisation des armées, ni sur les 54.000 suppressions de postes. Il n'est pas mécontent de le claironner : « Je ferai le boulot que personne n'a fait avant moi ! ». Mais c'est à François Fillon que le chef de l'Etat laissera le soin d'annoncer les détails de cette carte, demain. Le Premier ministre sera entouré du ministre de la Défense et du secrétaire d'Etat à l'Aménagement du territoire, Hubert Falco.
Les caisses sont vides, c'est compris. Les militaires, les élus de tout bord, les contribuables, tous sont sur la même longueur d'ondes : il faut une réforme. OK pour rationaliser, OK pour mutualiser, OK pour le changement, disent les élus. OK... Mais pas chez moi ! Hervé Morin l'avait dit haut et fort : rien ne se ferait sans concertation.
Majorité-opposition : même combat
Petit tour d'horizon... « On est dans la mascarade depuis le début ! » s'insurge un syndicaliste de la CFDT qui se dit « choqué » par ce ministre qui a l'air de prendre les choses « en dilettante ». Il n'y a eu aucun dialogue, confirme la CGT. Les syndicalistes parlent tous de « mépris ». Ce sont deux contrôleurs généraux qui ont concocté cette carte « dans une logique purement comptable, technocratique », dénoncent les syndicats. Même des élus UMP acquiescent !
Quant à l'opposition, elle a pu juger de ladite concertation. La Lorientaise Françoise Olivier-Coupaud, directement concernée, demande un rendez-vous au ministre. Les semaines passent... Rien. Elle s'en inquiète. Le ministre a reçu 200 ou 300 élus.
Pour l'Ouest, rien de nouveau. Françoise Olivier Coupeau s'en offusque. Un petit point presse lui permettra de jouer cartes sur table. Illico, un petit coup de fil du secrétariat d'Etat aux Anciens combattants : Jean-Marie Bockel va la recevoir ! Et puis non, ce serait finalement l'un de ses conseillers, au lendemain des annonces prévues alors pour le 19 juin ! Du « mépris » pour la représentation nationale qui fait que notre Lorientaise a décliné l'invitation...
C'est de bonne guerre, elle est socialiste ! Mais les élus de la majorité n'ont pas tous été mieux lotis ! Les élus bretons de la majorité ont bien été reçus par Jean-Marie Bockel. Quid de la concertation ? « On nous a informés, mais nous n'avons pas été associés aux décisions. C'est la méthode Sarko ! », soupire un UMP finistérien.
Ça coince à Bercy
Et les mesures d'accompagnement ou de compensation ? Pour l'heure, c'est le degré zéro de l'information. Hervé Morin s'est bien fendu d'un courrier au Premier ministre, lui assurant qu'il ne sortirait pas sa carte sans ces mesures. François Fillon a fini par annoncer à l'Assemblée, devant un parterre désert, une enveloppe de 320 millions d'euros. « Des cacahuètes », selon un expert.
Quels sont les critères d'attribution ? Secret Défense... C'est aussi ce qui explique ces retards à répétition : ça coince avec Bercy, où dit- on, on aime peu la Défense.
Petits arrangements entre amis
Le ministre l'avait dit et redit : la Défense n'est pas là pour faire de l'aménagement du territoire. Finalement, on pourra en faire un peu. Mais pas n'importe où ! Des élus UMP se sont rebellés, et leur voix a été entendue à l'Elysée... Des petits arrangements entre amis sont parfois possibles. Et pour élaborer la carte, on rebat les cartes. Politiques, cette fois. Un petit exemple.
La gendarmerie nationale dispose de deux écoles, l'une au Mans, l'autre à Châtellerault. Cette dernière n'est pas de prime jeunesse. La gendarmerie estime donc puisqu'il faut faire des choix, que c'est Châtellerault qui devra fermer. Ce ne devrait pas être le cas ! Car, cela leur avait échappé mais Le Mans est socialiste. Et Châtellerault a été reprise par la droite aux dernières municipales. Le nouveau député-maire est du Nouveau Centre. Comme le ministre de la Défense ! Le hasard sans doute. « Il n'y a aucune justification opérationnelle dans cette affaire », souligne un expert. Où sont les économies s'il faut faire de gros travaux à Châtellerault ?
Logique opérationnelle toujours. Les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) sont basés à l'Ile- Longue, à Brest. Les sous-marins nucléaire d'attaque (SNA) à Toulon. Quoi de plus logique, pour faire des économies, que de regrouper tout ce monde à Brest ? « Il n'y a pas eu un mot là dessus ! » souligne, dépitée, la députée de Brest, Patricia Adam. Il est vrai que Hubert Falco surveille de très près les intérêts de ses terres toulonnaises. Il a les atouts en main. Dans le jeu, certaines cartes sont, semble-t-il, truquées.
