Alain Lambert. « Une surprise est possible »
Sénateur UMP de l'Orne, Alain Lambert a décidé de ne pas respecter la règle du jeu de son groupe parlementaire. Le 1 e r octobre, il sera candidat à la présidence de la Haute Assemblée contre Gérard Larcher, désigné par les sénateurs UMP. Il explique pourquoi.
Gérard Larcher a-t-il été le candidat de l'Elysée et de Matignon ?
Même si l'Elysée et Matignon le nient, je suis convaincu qu'il a bien été le candidat officiel. Bon nombre de sénateurs du groupe UMP peuvent témoigner du fait qu'ils ont reçu des coups de fil en ce sens, émanant de collaborateurs du président et du Premier ministre.
Serez-vous candidat contre Gérard Larcher le 1 e r octobre ?
Je serai candidat. D'abord parce que le Sénat est la seule vraie instance. Les groupes politiques sont sympathiques, mais ils ne représentent pas la démocratie à eux seuls. La vraie démocratie, pour le Sénat, sera celle qui aura lieu le 1 e r octobre devant notre Haute Assemblée, élue par les Français à travers le prisme des grands électeurs.
C'est donc à cette occasion que je présenterai mon projet. Cela me paraît d'autant plus important après la réforme constitutionnelle qui implique un rééquilibrage indispensable entre le Parlement et le pouvoir exécutif.
Sur quelles voix comptez-vous ?
Je pense qu'il y a au Sénat suffisamment d'esprits libres qui ne sont pas disposés à obéir aux consignes de groupe. Surtout quand une élection comme celle-ci se déroule à bulletins secrets... Reste qu'il est extrêmement difficile de faire un pronostic. J'ai observé mercredi que les voix qui se sont portées sur Jean-Pierre Raffarin (56 voix) étaient très proches des 51 voix que j'avais moi-même obtenu il y a quatre ans.
En outre, un certain nombre de voix de gauche se porteront sur ma candidature pour délivrer le message d'un nouveau Sénat, par différence avec le Sénat de la tradition qui a pris fin dimanche. C'est en tout cas mon espoir.
Que faut-il changer au fonctionnement du Sénat ?
Il faut en faire une vraie chambre totalement indépendante de l'exécutif ; une chambre qui soit un peu à l'image du Sénat des Etats-Unis. Il faut que l'exécutif y vienne chercher sa majorité à chaque texte, de manière à ce qu'il sache que c'est la bonne manière d'obtenir un équilibre des pouvoirs entre le Parlement et le gouvernement. C'est d'autant plus nécessaire qu'on voit bien aujourd'hui que l'Assemblée nationale, élue au lendemain de l'élection présidentielle, n'a plus son autonomie.
La gauche peut-elle être en mesure de conquérir la majorité au Sénat en 2011, comme le prédisent beaucoup d'observateurs ?
Si les orientations politiques devaient être les mêmes en 2011 qu'en 2008, la gauche l'emportera à l'occasion du prochain renouvellement sénatorial. C'est d'ailleurs pour cela qu'il me semble extrêmement urgent d'organiser dès maintenant une autre relation entre majorité et opposition. C'est l'intérêt de la droite et du centre.
On a ainsi la possibilité de créer une sorte de jurisprudence nouvelle qui permettra au Sénat de fonctionner de manière transpartisane, ce qui n'est pas le cas de l'Assemblée nationale.
Croyez-vous vraiment avoir des chances de l'emporter mercredi prochain ?
La plus grande surprise est possible. Je crois que les sénateurs socialistes ou radicaux de gauche ont conscience que la réforme constitutionnelle leur posent de vraies questions. Souhaitent-ils rester dans une opposition bête et méchante, c'est-à-dire être coupés de tout et n'avoir aucune responsabilité, où veulent-ils profiter de cette réforme pour prendre leur part dans le travail législatif ?