19 juin 2008
À plus d'un titre, le conflit à l'hôpital de Carhaix est le révélateur d'une Bretagne dont l'organisation territoriale est mise à mal, plus qu'ailleurs, par le désengagement de l'État. Au-delà du cas de Carhaix et du Centre-Bretagne, c'est tout un modèle qui se retrouve menacé dans ses fondements.
La carte judiciaire l'automne dernier, puis la carte scolaire et aujourd'hui, la carte hospitalière avec l'hôpital de Carhaix en point d'orgue. Autant de grands coups de gomme qui, à chaque fois, donnent lieu à des cortèges de protestation mais qui ne sont portés par aucune expression commune, hormis quelques tentatives.
Pourtant, c'est bien un malaise de même nature qui s'exprime à chaque fois. Le malaise d'une Bretagne occidentale qui voit ses services publics s'affaiblir les uns après les autres.
Les résultats des dernières élections municipales dans les villes moyennes, dont bon nombre ont basculé, traduisaient déjà en partie ce sentiment d'abandon. Depuis, c'est dans la rue, parfois même violemment, qu'il se manifeste.
Symbole
Bien sûr, la Bretagne n'est pas la seule région touchée par la réorganisation des services de l'État. Mais en terre d'Armorique, comme le souligne un député finistérien, le désengagement de l'État est ressenti de manière plus violente. D'autant plus violente que la région était jusqu'à présent plutôt bien irriguée en services publics.
À regarder les choses avec un peu de recul, on ne s'étonnera pas de constater que Carhaix, qui en tant que ville phare centre-bretonne a toujours revendiqué haut et fort son identité, soit finalement devenue le symbole de ce malaise, celui d'une Basse-Bretagne menacée dans sa vision qu'elle a de la solidarité.
Atout ou handicap ?
Comme le souligne le géographe Jean Ollivro, il ne faut jamais oublier, pour bien comprendre ce qui se joue, que les deux tiers des Bretons vivent dans des petites villes ou des villes moyennes, celles qui aujourd'hui souffrent le plus du désengagement de l'État.
Ce maillage territorial, qui jusqu'à présent pouvait être considéré comme un atout, n'est-il pas en train de se retourner contre la Bretagne ? Autrement dit, l'absence de grandes agglomérations ne deviendrait-elle un sérieux handicap ? Avec comme grand risque, la marginalisation de la Basse-Bretagne tandis que le triangle Vannes-Rennes-Nantes continuerait à tirer de larges bénéfices de la métropolisation à l'oeuvre ?
Paradoxe
Pour Jean Ollivro, ce qui est en jeu, ce ne sont pas que les services publics mais une vision de l'aménagement des territoires. Le tissu urbain breton, fait d'une multitude de villes moyennes et petites, est-il condamné ? « Pas si sûr », répond le géographe qui veut croire qu'à l'heure du développement durable, ce modèle urbain, fait de plusieurs centres, peut devenir de plus en plus pertinent.
Un paradoxe est en train de changer la donne : « Au moment précis où les gens sont obligés de réduire leur périmètre de vie quotidienne en raison de la hausse du coût des carburants, on réduit les services publics, ce qui a pour conséquence de multiplier les déplacements contraints ».
Dans son organisation territoriale, la Bretagne serait-elle finalement en avance ? C'est l'avis de Jean Ollivro qui remarque que la périurbanisation trouve aujourd'hui ses limites. Mais le problème est que les pouvoirs publics ne semblent pas encore avoir pris la mesure de cette évolution. C'est en tout cas le sentiment qu'ils donnent en décidant, sans concertation, de la fermeture d'un tribunal ou d'un service hospitalier. Mais existe-il encore une politique d'aménagement du territoire ?