20 septembre 2008
Dans le Sud-Finistère, une agricultrice a appris que ses vaches ont été abattues, sans son consentement, selon le rite halal. Elle demande que les abattoirs respectent ses « valeurs laïques ».
« Je respecte toutes les religions, je ne suis ni anti-musulman, ni antisémite », affirme haut et fort Véronique, 48 ans. « Je défends la laïcité et j'estime avoir le droit d'être informée afin de choisir moi-même la façon dont mes bêtes vont finir leurs vies ». En juillet 2007, six de ses vaches de réforme, en fin de carrière laitière, ont été conduites par sa coopérative à l'abattoir habituel, dans la région de Quimper. C'est par hasard, en consultant le bordereau de l'abattoir, qu'elle a pu lire dans le coin gauche de l'imprimé l'inscription discrète « abattage halal ». Ses animaux avaient été saignés, sans étourdissement préalable, par un sacrificateur agréé par une mosquée. « Je me suis sentie trahie, j'ai été très choquée », confie-t-elle.
« Relation de confiance »
La productrice de lait ne fait pas dans la sensiblerie. Comme tout éleveur, elle sait bien qu'un jour elle doit se séparer de ses bovins, qu'ils terminent leur vie à la boucherie. « Mais mes bêtes, je les aime, je les soigne pendant les six à sept années qu'elles sont dans ma ferme », raconte l'agricultrice. « Il se crée une relation de confiance entre elles et moi, et je veux qu'elles ne souffrent pas au terme de leur existence ».
Jamais, elle n'avait imaginé que ses bêtes seraient « sacrifiées » vivantes pour répondre à un rituel religieux. « Nombre d'éleveurs ne savent pas que leurs animaux quittent le circuit traditionnel d'abattage, ce n'est pas normal, il faut leur proposer le choix ».
Un combat difficile
En Bretagne, des outils d'abattage produisent pour le circuit halal et parfois pour le marché casher. Les volumes restent peu élevés, sauf en volailles pour l'export sur le Moyen-Orient. Les industriels restent discrets sur le sujet. Dans son difficile combat, l'agricultrice a parfois l'impression de prêcher dans le désert. Quelques collègues éleveurs disent comprendre sa démarche, mais la majorité se plie à l'argument économique. Elle en a même parlé à son député.
Liberté de choix
Elle souhaite que les autorités françaises et européennes généralisent l'étourdissement des bêtes avant la mort et suppriment les dérogations rituelles. Bruxelles ne va pas dans ce sens. Elle revendique a minima la liberté de choix à l'abattoir. Désormais, Véronique exige, par écrit, l'étourdissement de ses animaux.
